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Fragments : Morceau de quelque chose qui a été cassé, brisé, séparé de son tout
L’ambivalence et la complexité de l’enfance sont au cœur de la création de Fabienne Octobre. Elles jaillissent de manière pulsionnelle et viscérale sous les pinceaux de l’artiste. Dans un long cri muet, Fabienne Octobre témoigne de la prégnance de nos blessures d’enfant dans nos vies d’adulte. Ses toiles sont comme les cicatrices nous rappelant d’où nous venons, nous indiquant qui nous sommes, et modelant au final notre comportement et notre relation au monde. Au premier contact avec les peintures de Fabienne Octobre l’œil est amusé, attendri par ces postures enfantines si bien campées. En confiance on s’approche, rassuré par l’innocence que l’on attribue naturellement à cette iconographie. Et puis un doute s’insinue... Les couleurs dominantes ne sont pas celles généralement associées à l’enfance. Intrigué on décide de s’intéresser aux personnages représentés. Les formes sont bien celles de silhouettes enfantines. Petites, ramassées et fragiles. Le trait est simple, presque brut. Mais quelque chose « cloche » : ces petites filles n’ont pas de visage. Ils sont comme gommés et dénués du moindre trait. On cherche des indices dans la toile, sur sa surface, dans les couleurs, dans ces pièces souvent vides dans lesquelles les enfants sont seuls. Parfois accompagnés d’une figure adulte... Masculine… Et là on frémit… Les questions taboues nous assaillent : ces enfants sont-ils des victimes ? Celles de l’enfance maltraitée, bafouée ou même violée ? Murés derrière leur masque, ils semblent prisonniers d’un monde qu’ils ne comprennent pas. Ils ne peuvent ou ne savent pas témoigner leurs douleurs, leurs incompréhensions face aux entraves de la vie. Alors leur innocence présumée se nuance, se teinte d’une noirceur sous laquelle pointe une violence, une rébellion. L’image pure et idéalisée de l’enfance vole en éclats. Les indices d’une révolte contenue apparaissent : des mains qu’on imagine crispées derrière un dos cachent un couteau. Ce dernier parfois oublié dans les recoins d’une pièce. C’est également un jouet qui est détruit où mutilé, victime par substitution de ce qui ne peut être exprimé à l’encontre de l’adulte.
Olivier Bourgoin -2009 -Galerie dialogos |
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